Livre ancien : Fables : Livre troisième...(1795). page 3

138 FABLES CHOISIES. La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes. Si je suivois mon goût, je saurois où buter ; Mais j'ai les miens, la cour, le peuple à contenter. Malherbe là-dessus : contenter tout le monde! Écoutez ce récit avant que je réponde. J'ai lu dans quelqu'endroit , qu'un meûnier et son fils, L'un vieillard , l'autre enfant, non pas des plus petits, 1 Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire, Alloient vendre leur âne un certain jour de foire. Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit, On lui lia les pieds, on vous le suspendit : Puis cet homme et son fils le portent comme un 'mec. Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre! Le premier qui les vit , de rire s'éclata. Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-li Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense. Le meûnier, à ces mots , connolt son ignorance. Il met sur pied sa béte , et la fait détaler. L'âne qui gothoit fort l'antre façon d'aller, Se plaint en son patois. Le meûnier n'en a cure. Il fait monter son fils, il suit ; et d'aventure Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut. Le plus vieux, au garçon, s'écria tant qu'il put: Oh là, oh, descendez que l'on ne vous le dise, Jeune homme qui :Menez laquais à barbe grise. C'étoit à vous de suivre , au vieillard de monter. Messieurs , dit le meûnier , il faut vous contenter. L'enfant met pied à terre , et puis le vieillard monte. Quand trois filles passant, l'une dit : c'est grand'hontu Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils, Tandis que ce nigaud, comme un évèque assis, Fait le veau sur son âne, et pense ètre bien sage. ll n'est, dit le meûnier, plus de veaux à mon flue.

Fable I : Le Meunier, son fils et l'Ane.
Fable I : Le Meunier, son fils et l'Ane.

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